Exposition 2021 : Mutations

En perpétuelle évolution, l’histoire de MEMENTO se tisse aux côtés des artistes pour bâtir une communauté au sens biologique du terme : un système au sein duquel des organismes vivants partagent un environnement commun à travers ses continuelles métamorphoses. Patrimoine aussi bien matériel que sensible, MEMENTO s’envisage de fait comme un terrain propice aux imaginaires et aux processus créatifs.

Ici, le souvenir de «  ce qui a été  » entre en résonance avec «  ce qui devient  ».

Cette année marque une nouvelle étape axée sur une réflexion architecturale des lieux afin de servir au mieux une vision collective, celle du futur pôle de résidence artistique en ces murs. Entre rénovation, invention des espaces et de leurs usages, MEMENTO s’ouvre à la transition de ce qu’il abrite de plus précieux : l’âme du lieu.

L’exposition MUTATIONS porte une attention commune aux notions d’espaces, de constructions et de bâtis pour réfléchir ensemble sur les manières d’habiter un lieu. Agissant comme un révélateur, cet ancien carmel figé dans le temps se retrouve mis à nue par les artistes qui en subliment ses failles, ses fissures, ses espaces en transition. Son ossature en chantier, chargée des traces du passé devient l’habitacle de leurs univers personnels.

Leurs œuvres réalisées pour le site ou empruntées à des galeries et institutions publiques constituent une histoire partagée pour renverser les cloisonnements entre l’art, l’artisanat et le monde industriel. Ici, les matériaux de chantier deviennent la matière première du procédé de la création, la perception des zones domestiques et publiques s’entremêlent pour se livrer à une exploration énigmatique de l’architecture.

Invitée en résidence, l’artiste Rebecca Konforti plonge le spectateur dans une immersion picturale, il devient témoin de la mémoire des murs. Olivier Kosta-Théfaine fait corps avec l’habitation pour remettre au centre les territoires mis en marge. Nicolas Momein se joue des dimensions spatiales en invitant le visiteur à parcourir une matière industrielle, quasi charnelle. Lynne Cohen révèle l’intrigue des intérieurs où le factice prend le pas sur le réel. Nina Childress prolonge cette intimité en réanimant les codes d’un habitat désuet. Le collectif Fact déplace la vision d’un bâtiment pour en faire le témoin principal de nos présences humaines. Nos entendements sont ainsi ébranlés pour une nouvelle appréhension du quotidien. Car il s’agit bien ici de regarder le «  laid  » sous le prisme du beau.

Apprendre à voir à nouveau l’anodin comme une subtile beauté trop souvent reléguée au rang «  des éléments pauvres  ». Les matériaux premiers, devenus si précieux en temps de crise, se transforment au contact de la création en des matières raffinées.

Estelle Deschamp les exploite dans un travail d’empilement rendant au chantier ses lettres de noblesse. Jean Denant lui confère une métamorphose poétique quasi reliquaire. Ici, l’architecture s’attendrit dans l’abandon, la mutation. Les endroits délaissés révélés par Roxane Daumas témoignent de ce pouvoir attractif pour les ruines contemporaines.

L’exposition MUTATIONS traverse la présence des hommes, incarne les espaces. Elle porte en elle la splendide patine du temps qui passe et son devenir en perpétuelle édification pour décentrer les normes et raviver les marges.

Karine Mathieu

Directrice de MEMENTO